jeudi 8 mars 2012

Benkirane mouille le patronat en quête d’une paix sociale



L’éditorialiste de l’Economiste a fait un raccourci dangereux pour la confédération générale des entreprises. Selon le quotidien, «on pourrait dire que la CGEM a «vendu» la participation fiscale des grandes entreprises au fonds de solidarité, contre une coopération au long cours entre la Confédération et le gouvernement Benkirane, où il faut bien l’admettre, certains membres ne brillent pas par leurs compétences économiques ».

Qu’est ce qu’on comprend de cette attaque « journalistique ». Un : Que le gouvernement Benkirane compte des incompétents sur le plan économique. Et de deux : que le patronat a négocié une coopération plus étroite contre son silence ou sa complicité dans le dossier du Fonds de solidarité.

Laissons de côté le jugement de valeur et regardons de près cette question de complicité sur le Fonds de solidarité. D’abord l’information : selon Najib Boulif, ministre des affaires générales, « le gouvernement n’a pas discuté avec la CGEM la question du fonds de solidarité ». Si ce n’est pas un mensonge politique, cette déclaration prouve que le dossier dudit Fonds a été imposé à la confédération patronale. Cette version a du sens. Rappelons-nous que la CGEM est un groupement de patron dont la mission est de s’aligner, d’une manière ou d’une autre, sur la vision économique du Palais.

L’alignement dépasse même la construction philosophique pour se soumettre au déploiement même technique. Mais en s’alignant, la Confédération subit plus qu’elle en reçoit en contrepartie. Des questions fiscales restent en suspend depuis des années déjà et des négociations sur la révision du code du travail, avec son corollaire le droit de grève, n’aboutissent nulle part malgré des réunions interminables et des rounds à ne pas en finir.

Le patronat a surtout cherché à obtenir une accalmie fiscale pour atténuer la politique du redressement automatique (la doctrine de Bensouda), sans succès. Sans oublier des dossiers épineux comme ceux de la justice (qu’on a détourné en créant des centres d’arbitrage) de la concurrence (qu’on a aussi détourné en créant un conseil sans pouvoir) des marchés publics (qu’on continue de trainer comme un boulet), du guichet unique (qu’on a détourné aussi à travers des CRI sans efficacité avérée), du chantage des fonctionnaires, de la corruption (qu’on a noyé au sein d’une instance poétique)…

L’arrivée de Horani, avec le renfort des hommes du sérail, a laissé espérer un changement de cap. C’était un fantasme, un mirage ou au mieux une réalité éphémère. Le patronat demeurait en dehors de la sphère de décision et les grandes stratégies économiques ont été conçues dans des cabinets privés et sans consultation des concernés. Finalement, une question légitime se pose : pourquoi le pouvoir a-t-il besoin du patronat ?

La stratégie de domination oblige. Le pouvoir monarchique, tel que développé au Maroc avant la constitution de juillet 2011 (et même après), ne peut tolérer des foyers de résistance et encore moins un foyer puissant doté de moyens financiers. En réalité, ce foyer n’a jamais existé et n’existera jamais au Maroc car la monarchie est encrée dans le capitalisme local. Les intérêts en jeu ne laissent aucun doute. Seulement, une lecture surdimensionnée des pouvoirs et des intentions patronales, conjuguée à des animosités personnelles, a donné lieu à cette volonté implacable de contrôler le patronat jusqu’à l’asservir.

Au lendemain du mouvement du 20 février, le patronat a été actionné pour organiser une conférence de presse où il annonçait son engagement pour lutter contre les inégalités et pour générer plus d’emplois. Oui, le mot juste est « actionné ». La conférence n’était pas spontanée, elle a été vivement souhaitée, voire, ordonnée par des hommes du sérail à travers des relais casablancais dans la finance, l’industrie et jusque dans les médias.

L’accent a été mis sur la nécessité de créer des emplois, mais aussi surtout de soigner l’image de l’entreprise qui demeure la plus importante structure créatrice de richesse au Maroc. Quelques mois après, la nouvelle constitution a été votée et le fonds de solidarité mis sur la table. Rappelons-nous que le premier projet des finances 2012 était prêt en septembre 2011, donc ses éléments négociés et acceptés depuis juillet de la même année. Et contrairement à se qu’on croit, des négociations ont été menées directement avec les groupements concernés. Point de CGEM. Pour la banque, c’est les hommes de Othmane Benjelloun, Mohamed El Kettani et autres oligarques financiers qui ont mené la barque. Même chose pour les télécoms et les assurances. Faîtes le recensement des entreprises capables de générer plus de 200 millions de DH de bénéfice net par an pour savoir que les prochains contributeurs au Fonds gravitent tous dans le circuit des grands groupes privés (SNI, FinanceCom, Homarcom, Saham, Ynna holding, Sanam, Akwa, et filiales…) en plus des groupes publics (OCP, BP, CAM, CDG et ses filiales, Al Omrane…). Et face à ses mastodontes, la CGEM fait figure de nain politique que Benkirane cherche à utiliser dans sa stratégie de « l’Etat Spectacle ». Il y arrive car la confédération s’accroche à son rêve de devenir un acteur majeur dans la prise de décision. Benkirane, lui, a besoin de paix sociale au même titre que le Palais. Du coup, patronat et gouvernement doivent trouver un terrain d’entente pour produire des résultats assez rapidement. Comment ? Personne ne le sait, même des ministres interrogés l’ignorent encore.

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