samedi 31 décembre 2011




Rachid Nini, alors directeur de publication de Le Soir Echos, avait censuré un portrait de Brahim Zniber. Driss Bennani, qui était le rédacteur en chef, n’avait pas été consulté. Face à l’absence d’argument expliquant ce comportement, la rédaction a adressé une lettre à Nini pour dénoncer la censure. J’en suis l’auteur. En voici le texte intégral.

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Casablanca, 26 août 2008



                                                            A l’attention de M. Rachid Nini

                                                            Directeur de la publication

                                                            Groupe al Massae





Objet : Lettre de protestation

Monsieur,

Nous avons constaté, avec étonnement, que notre journal a été censuré d’une manière grotesque. Nous comprenons que la direction de la publication soit sensible à des sujets qui pourraient heurter ses valeurs morales. Il n’en demeure pas moins que la position prise au sujet des deux articles « incriminés » de « Le Soir échos » ne reflète aucun engagement moral défendable tant sur le plan religieux que sur le plan éthique.

Comme précisé dans le chapeau de l’article de la page 7, il s’agit d’un flash back sur l’histoire de l’une des entreprises agroalimentaires les plus dynamiques du pays. Dans l’ensemble, il est question de dates, de faits, d’histoire et de chiffres. A aucun moment le journaliste ne s’est érigé en défenseur de la consommation du vin. En tant que musulmans convaincus, et pour la plupart pratiquants, nous ne pouvons tolérer une telle dérive. Ce qui explique notre conviction que la position de la direction de la publication a pris pour prétexte des sentiments nobles pour censurer pour des raisons profondément personnelles. Une réalité vérifiable à travers l’analyse des pages publicitaires publiées par Al Massae et qui incitent clairement à la pratique des taux d’intérêts dans le cadre de prêt d’usure (crédit à la consommation). Or, la seule pratique des taux « tolérée » par certains jurisconsultes musulmans ne concerne que le crédit logement. Valider ce genre de publicité témoigne que la tangente morale de la direction est variable et change en fonction de positions personnelles. C’est ce que nous pouvons facilement démontrer dans le cas de la malheureuse censure qui a visé l’article sur le film de Nabil Ayouch.

Monsieur

Le bon fonctionnement de « Le Soir échos » a nécessité des préalables capitaux. L’engagement des journalistes s’est fondé sur l’existence d’un espace éditorial qui se démarque de celui d’Al Massae. Dans chaque entretien d’embauche, Driss Bennani a pris soin d’expliquer aux candidats qu’il y avait une séparation stricte entre les positions de « Le Soir échos » et celles d’Al Massae. Une précision de taille car, si nous respectons le traitement de notre confrère arabophone, nous ne partageons pas, des fois, sa démarche, ni ses positions sur certains sujets. Nous ne détenons pas la vérité suprême, mais nous croyons fermement que personne ne l’a et, de ce fait, tout le monde se doit de se plier à l’éthique professionnelle. Celle que nous développons au quotidien se base sur l’information, seule l’information prime sur le reste des considérations religieuses, politiques ou culturelles. Il ne nous incombe pas de dire aux gens ce qu’ils doivent faire, mais de les informer pour que leurs choix soient faits en connaissance de cause. En omettant une partie de la réalité, en cachant ce que Al Massae considère comme une tare, nous agissons comme une dictature qui se donne le droit de s’ériger en tuteur suprême qui veille sur une population de soumis sans discernement. L’imposition de la feuille de présence démontre cette dérive, d’abord éditoriale, qui s’exprime sur le plan administratif. L’administration semble oublier que nous émanons tous d’horizon divers où nos employeurs précédents n’ont jamais osé prendre cette initiative. D’ailleurs, vous-même, monsieur le directeur de la publication, vous avez travaillé chez Eco Médias où vous n’avez jamais eu à signer une feuille de présence. C’est le cas également chez plusieurs confrères comme La Vie éco, Telquel, Economie & Entreprises, L’Economiste, Challenge Hebdo…

Monsieur,

Nous sommes convaincus que nous exerçons un métier noble, mais qui a besoin d’un espace clair et sain pour s’épanouir. C’est dans cette optique que la rédaction de « Le Soir échos » déplore le précédent du lundi 25 août et espère profondément que la direction de la publication jouera, prochainement, son rôle administratif et éditorial dans le respect des engagements pris initialement vis-à-vis de Driss Bennani et, à travers lui, vis-à-vis de toute l’équipe de Le Soir échos. En d’autres termes, et conformément aux engagements pris par vos soins, la direction de la publication ne doit intervenir que si nos écrits pourraient avoir des répercussions pénales ou pécuniaires. Et ce n’est malheureusement pas le cas pour l’article sur Brahim Zniber et Nabil Ayouch.


En espérant que nos positions futures soient plus conformes à nos aspirations mutuelles, veuillez agréer, Monsieur, l’expression de notre respect.

vendredi 30 décembre 2011

Mon histoire avec Lahrira (soupe marocaine)

En 2003, alors rédacteur en chef du magazine Economie & Entreprises, j’opte pour une belle photo d’un bol de Harira marocaine pour illustrer la page de garde d’un grand reportage sur le business du Ramadan. A ma grande surprise, la directrice générale de Success Publication, la société éditrice du magazine, plaide pour le rejet de la photo. Son argument : la Harira et son bol ne scient pas à l’image de la société moderne qu’est Success Publication et son magazine phare Economie & Entreprises. La dame et son boss, Hassan Alaoui, se liguent contre cette illustration et finissent par la remplacer par une image sans âme.

A noter au passage que si Hassan Alaoui était dans son rôle de directeur de publication, la directrice générale ne devait pas intervenir dans l’éditorial ni dans le secrétariat de rédaction du magazine. Mais, au Maroc, l’organigramme des médias est unique dans son genre et tout le monde a son mot à dire, même l’assistante commerciale parfois. Dans le cas d’Economie & Entreprises, Nawal Houti, la directrice générale de l’époque, avait ce droit grâce à la bénédiction du grand patron. Et à ce titre, elle était autorisée à superviser le rendu.

Revenons à la Harira, le changement de la photo m’est resté au travers de la gorge et il fallait démontrer que cette modernité supposée du magazine nous privait d’une illustration parfaite, représentant le repas le plus populaire du Maroc pendant le mois de Ramadan. Mieux encore, la Harira est le business le plus juteux du mois de Ramadan.

Las de parler à des sourds, j’ai eu l’idée d’utiliser une chronique que je publiais à la dernière page du magazine pour prendre ma revanche. D’autant plus que cette chronique se prêtait bien à cet exercice. Je l’avais baptisée « Ce que disait ma grand-mère » pour deux raisons essentielles : d’abord rendre hommage à la femme qui m’a élevé et qui était pour moi ma véritable mère, plus encore que ma mère biologique. Ensuite, pour mettre une certaine élite marocaine face à leurs contradictions en usant d’arguments développés par ma grand-mère, une femme analphabète de surcroît.

Et c’est dans cette chronique que j’ai démontre A+B que la Harira génère un chiffre d’affaires qui dépasse de loin les revenus des entreprises de presse, toutes catégories réunies. L’argument est simple, le Maroc compte 5 millions de familles. Si on estime que la moitié cuisine la Harira 15 jours pendant le Ramadan à raison de 30 DH par famille et par jour, le chiffre d’affaires mensuel de notre soupe nationale flirte avec les 1,2 milliard de DH. Notre bol avait donc toute sa place dans un magazine économique qui générait à l’époque moins de 16 millions de DH par an avec un fonctionnement « low cost » qui méritait sa place au livre des records.

Journalisme et équilibrisme

Bataille rangée sur la valeur de Maroc Telecom: Wafa Trust remet les pendules à l'heure

Maroc Télécom n'est pas encore sur le marché que les batailles font déjà rage sur sa valeur. Derrière ces batailles, il y a les recettes du budget, la concurrence tarifaire avec Méditel et aussi quelques rivalités de personnes. L'affaire a été officieusement portée devant le Premier ministre, lequel n'a pas donné suite, laissant le marché agir.
Grosso modo, il se dit que Maroc Télécom vaut entre 4 et 5 milliards de Dollars, soit entre 40 et 50 milliards de DH. La fourchette à elle seule est donc de 10 milliards de DH, une somme colossale à l'échelle du Maroc. Un seul point de différence représente la bagatelle d'un barrage moyen!

Les éléments traditionnels n'ont plus de sens

Les batailles tournent autour de la baisse des tarifs, appliquée depuis 1995 par Maroc Télécom, et qui s'est renforcée à l'arrivée de son concurrent, Méditel.
La question centrale est de savoir si cette baisse des tarifs réduit ou ne réduit pas la valeur de Maroc Télécom lorsqu'une partie de son capital sera mise en bourse. La première réponse est de dire que la baisse des tarifs réduit la marge de Maroc Télécom, donc réduit sa valeur. C'est le message qui a été passé durant ces dernières semaines, message que les observateurs attribuent à Méditel. Cet opérateur a en effet intérêt à ce que les tarifs ne baissent pas trop.


En fait, c'est plus compliqué que cela. «Il faut faire appel aux méthodes d'évaluation propres au domaine des télécommunications», prévient M. Rachid Séfrioui, directeur général à Wafabank et chargé de la banque d'affaires, Wafa Trust. Il explique que dans ce domaine, ce qui est à vendre présente un caractère spécifique. Les éléments traditionnels d'évaluation ne peuvent pas être retenus comme des éléments de référence. Du coup, les appréciations liées à la politique commerciales doivent être nuancées. En fait, les entreprises de télécommunications vendent... un parc d'abonnés. Le phénomène est très récent, mais il est très puissant et qui plus est, constant. C'est ce que l'on appelle la «nouvelle économie» et qui fait que les entreprises d'Internet, de simples portails d'entrée, se valorisent en bourse, même lorsqu'elles affichent déficit sur déficit. Cette nouvelle économie a déjà bouleversé les méthodes classiques d'évaluation, souligne M. Séfrioui: la valeur de Yahoo en bourse dépasse celle de Boeing.


La prestation est immatérielle, le client lui-même est souvent virtuel. Aussi, l'analyse de la valeur doit-elle s'orienter vers des éléments autres que les bases classiques. Le portefeuille des abonnés est un élément central, explique M. Séfrioui. Ce point de vue correspond à celui exprimé par M. Ahizoune, président de Maroc Télécom, lorsqu'il répond aux attaques sur les baisses des tarifs: «C'est ridicule de dire qu'une entreprise de la nouvelle économie perd de la valeur quand elle défend son portefeuille de clients».

L'abonné vaut 2.500 Dollars
 

Aux yeux de M. Séfrioui, «une entreprise de télécommunications vaut en général, entre 2.500 et 4.000 Dollars par abonné, cela dépend des marchés». Il précise que l'on peut aussi passer par la méthode des cashs-flow actualisés (voir encadré), mais en l'appliquant au nombre d'abonnés. Il s'agit ainsi de calculer les marges que l'entreprise pourra générer et ce, sur la durée de consommation. Pour lui, pas de doute, il n'y a pas de lien mécanique à faire entre la baisse des tarifs de Maroc Télécom et sa valeur: «Le résultat ne peut qu'être positif pour la valeur de l'entreprise». 
En fait, le comportement de Méditel, à l'ouverture de ses magasins, lui donne raison: pour faire face à la baisse des tarifs de Maroc Télécom, Méditel a divisé certains des siens par deux, pour la période de lancement. Le nouveau venu cherche donc en priorité une part de marché face à l'opérateur historique. Dans ce raisonnement, la valeur de Maroc Télécom aurait donc progressé par rapport à ce qu'elle était, il y a six mois, avant le dernier round des baisses, qui a élargi son parc d'abonnés. En outre, si Maroc Télécom fait actuellement des investissements dans le protocole Internet, le DSL, le WAP et peut-être prochainement dans le GPRS et l'UMTS, c'est pour pouvoir fidéliser son portefeuille client. La société aura la possibilité de lui offrir tous les services à valeur ajoutée possibles.

«Il faudrait aussi ajouter à la prise de valeur grâce à l'élargissement du parc, les services annexes qui génèrent des valeurs ajoutées», ce qui signifie que la guerre des tarifs ne peut pas être appréhendée dans une vison à court terme.
Wafa Trust renforce son point de vue en indiquant que l'évaluation de Maroc Télécom doit prendre en compte les perspectives de développement du mobile, mais aussi du fixe. Le GSM et Internet sont des vecteurs porteurs et, souligne M. Séfrioui, le développement d'Internet pour les affaires donne une prime aux installations fixes. Ces dernières ont donc encore de beaux jours devant elles.


Khalid TRITKI


Cet article a été publié en avril 2000 sur les colonnes de L’Economiste. Pourquoi je le déterre? Parce qu’il a une histoire particulière. Comme le souligne le papier, à l’époque, il y avait une lutte sans merci entre Maroc Telecom et Médi Telecom. Les conseillers financiers du deuxième opérateur avaient laissé entendre sur le marché que la baisse des tarifs de MT allait avoir un impact négatif sur la valorisation de l’entreprise étatique.

Moi, je suivais cette lutte de loin jusqu’au jour où ma rédactrice en chef, Nadia Salah, me demande de prendre contact avec Wafa Trust, la banque conseil de Maroc Telecom. De nature, je me méfie des articles recommandés. Mais je n’ai pas hésité car le secteur me passionnait et la thématique de la valorisation était une pente glissante sur laquelle peu de journalistes osaient s’aventurer.

Je prends donc rendez-vous avec Rachid Sefrioui qui était directeur général de Wafa Trust (et depuis peu, le patron démarqué de Finatech). Je devais le rencontrer à son bureau le lendemain à 18heures. A l’heure convenue je me pointe au RDV, le bonhomme n’y était pas. Une heure après, j’étais toujours devant le grand portail de ex Wafabank sur le Bd Hassan II. Quelques minutes après, il m’appelle sur mon portable pour me dire qu’il était en route. A neuf heures du soir, je lui téléphone pour reporter le rendez-vous au lendemain. Bien entendu, je me suis retenu de lui faire la morale, question de lui donner une chance de corriger le tir.

Le lendemain, notre héro se pointe en tenue décontractée et prend siège confortablement en analysant les moindres détails de ma physionomie. Pas un mot sur la veille, Sefrioui entame la discussion par un interrogatoire, un examen sur les fondements de la valorisation des entreprises de la nouvelle économie. Satisfait de mes réponses, le travail pouvait commencer.

Le jour d’après, je passe quelques coups de fil pour vérifier les vérités de Sefrioui et livre copie à Nadia Salah. Celle-ci se passionne pour l’article et me félicite pour mon travail. Le lendemain, l’article ne sort pas, ni le jour d’après, ni la semaine d’après. C’était anormal pour un sujet destiné à la une du journal. Je harcèle mon chef de rubrique, Abashi Shamamba, pour qu’il parte aux nouvelles. Après plusieurs tentatives, il me lance au visage que la dame trouve l’article incomplet et prend le temps de peaufiner. Cela peut arriver à tous les journalistes, certes, mais ce n’était pas convaincant. 


Finalement, l’article est publié deux semaines après sa livraison au rédacteur en chef. Il est amputé de moitié et regorge de commentaires et de citations qui ne sont pas de moi. L’intervention de Abdeslam Ahizoune, patron de Maroc Telecom n’est pas mienne car je ne l’avais pas contacté, par exemple. Finalement, des lecteurs m’ont félicité pour mon travail et tout est rentré dans l’ordre. Mais moi, j’en ai gardé un goût amer. Il n’en demeure pas moins que j’ai appris une chose de cette histoire : 

Quand le journalisme devient un business (dans le sens mercantile du terme) le rédacteur en chef doit absolument être un équilibriste qui, tout en faisant son travail, met un point d’honneur à ne froisser personne, surtout pas les annonceurs. Et c’est là où réside le génie de Nadia Salah, en usant d’équilibrisme, elle renforce l’illusion que la crédibilité du journal y gagne des galons.

Métidons la vie

"Mon anniversaire est pour bientôt. De vous à moi, c’est un jour que je déteste. Il me rappelle que mon horloge biologique est plus rapide que mon imaginaire. Tant de choses à faire en peu de temps. « Tu n’y arriveras jamais », me répète mon diable. « Laisse causer ce morveux », me conseille mon ange. Entre les deux murmures, mon esprit marque une pause où, malheureusement pour moi, je vois défiler toute ma vie. Le bon et le mauvais se succèdent, je suppose à part égale. Pourtant, ce n’est que le mauvais qui s’accapare le disque dur de ma mémoire. J’aurais aimé zapper le tout en cliquant sur l’option « fin de tâche ». Impossible, hélas. La mécanique humaine dépasse le génie informatique. Cela est d’autant plus vrai que le maître d’œuvre n’a pas livré un mode d’emploi expliquant la complexité de sa création. Faisons avec donc.

C’est à quelques jours de mon anniversaire que j’ai décidé de créer ce blog. Pas pour parler de ma vie (cela arrivera quelques fois). Le fait est que je viens de terminer un livre qui m’a fortement secoué. A sa fin, il active une application cérébrale qui inonde l’esprit d’interrogations. Il y a tellement à méditer, il y a tellement à partager. De là, m’est venue l’idée de jeter une goûte dans la marre. Ce blog servira à cela. Mes lectures, bonnes ou médiocres, mes enquêtes sur le terrain, mon expérience humaine… tout reste à partager".



C'est ce que j'avais écrit en 2005 en créant mon premier blog. je ne trouve rien d'autre à ajouter pour entamer cette nouvelle expérience. J'associe ce blog à l'ancien tout en les partageant: le premier restera personnel, celui-là sera pour mon expérience journalistique uniquement.