
Rachid Nini, alors directeur de publication de Le Soir Echos, avait censuré un portrait de Brahim Zniber. Driss Bennani, qui était le rédacteur en chef, n’avait pas été consulté. Face à l’absence d’argument expliquant ce comportement, la rédaction a adressé une lettre à Nini pour dénoncer la censure. J’en suis l’auteur. En voici le texte intégral.
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Casablanca, 26 août 2008
A l’attention de M. Rachid Nini
Directeur de la publication
Groupe al Massae
Objet : Lettre de protestation
Monsieur,
Nous avons constaté, avec étonnement, que notre journal a été censuré d’une manière grotesque. Nous comprenons que la direction de la publication soit sensible à des sujets qui pourraient heurter ses valeurs morales. Il n’en demeure pas moins que la position prise au sujet des deux articles « incriminés » de « Le Soir échos » ne reflète aucun engagement moral défendable tant sur le plan religieux que sur le plan éthique.
Comme précisé dans le chapeau de l’article de la page 7, il s’agit d’un flash back sur l’histoire de l’une des entreprises agroalimentaires les plus dynamiques du pays. Dans l’ensemble, il est question de dates, de faits, d’histoire et de chiffres. A aucun moment le journaliste ne s’est érigé en défenseur de la consommation du vin. En tant que musulmans convaincus, et pour la plupart pratiquants, nous ne pouvons tolérer une telle dérive. Ce qui explique notre conviction que la position de la direction de la publication a pris pour prétexte des sentiments nobles pour censurer pour des raisons profondément personnelles. Une réalité vérifiable à travers l’analyse des pages publicitaires publiées par Al Massae et qui incitent clairement à la pratique des taux d’intérêts dans le cadre de prêt d’usure (crédit à la consommation). Or, la seule pratique des taux « tolérée » par certains jurisconsultes musulmans ne concerne que le crédit logement. Valider ce genre de publicité témoigne que la tangente morale de la direction est variable et change en fonction de positions personnelles. C’est ce que nous pouvons facilement démontrer dans le cas de la malheureuse censure qui a visé l’article sur le film de Nabil Ayouch.
Monsieur
Le bon fonctionnement de « Le Soir échos » a nécessité des préalables capitaux. L’engagement des journalistes s’est fondé sur l’existence d’un espace éditorial qui se démarque de celui d’Al Massae. Dans chaque entretien d’embauche, Driss Bennani a pris soin d’expliquer aux candidats qu’il y avait une séparation stricte entre les positions de « Le Soir échos » et celles d’Al Massae. Une précision de taille car, si nous respectons le traitement de notre confrère arabophone, nous ne partageons pas, des fois, sa démarche, ni ses positions sur certains sujets. Nous ne détenons pas la vérité suprême, mais nous croyons fermement que personne ne l’a et, de ce fait, tout le monde se doit de se plier à l’éthique professionnelle. Celle que nous développons au quotidien se base sur l’information, seule l’information prime sur le reste des considérations religieuses, politiques ou culturelles. Il ne nous incombe pas de dire aux gens ce qu’ils doivent faire, mais de les informer pour que leurs choix soient faits en connaissance de cause. En omettant une partie de la réalité, en cachant ce que Al Massae considère comme une tare, nous agissons comme une dictature qui se donne le droit de s’ériger en tuteur suprême qui veille sur une population de soumis sans discernement. L’imposition de la feuille de présence démontre cette dérive, d’abord éditoriale, qui s’exprime sur le plan administratif. L’administration semble oublier que nous émanons tous d’horizon divers où nos employeurs précédents n’ont jamais osé prendre cette initiative. D’ailleurs, vous-même, monsieur le directeur de la publication, vous avez travaillé chez Eco Médias où vous n’avez jamais eu à signer une feuille de présence. C’est le cas également chez plusieurs confrères comme La Vie éco, Telquel, Economie & Entreprises, L’Economiste, Challenge Hebdo…
Monsieur,
Nous sommes convaincus que nous exerçons un métier noble, mais qui a besoin d’un espace clair et sain pour s’épanouir. C’est dans cette optique que la rédaction de « Le Soir échos » déplore le précédent du lundi 25 août et espère profondément que la direction de la publication jouera, prochainement, son rôle administratif et éditorial dans le respect des engagements pris initialement vis-à-vis de Driss Bennani et, à travers lui, vis-à-vis de toute l’équipe de Le Soir échos. En d’autres termes, et conformément aux engagements pris par vos soins, la direction de la publication ne doit intervenir que si nos écrits pourraient avoir des répercussions pénales ou pécuniaires. Et ce n’est malheureusement pas le cas pour l’article sur Brahim Zniber et Nabil Ayouch.
En espérant que nos positions futures soient plus conformes à nos aspirations mutuelles, veuillez agréer, Monsieur, l’expression de notre respect.
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