vendredi 30 décembre 2011

Mon histoire avec Lahrira (soupe marocaine)

En 2003, alors rédacteur en chef du magazine Economie & Entreprises, j’opte pour une belle photo d’un bol de Harira marocaine pour illustrer la page de garde d’un grand reportage sur le business du Ramadan. A ma grande surprise, la directrice générale de Success Publication, la société éditrice du magazine, plaide pour le rejet de la photo. Son argument : la Harira et son bol ne scient pas à l’image de la société moderne qu’est Success Publication et son magazine phare Economie & Entreprises. La dame et son boss, Hassan Alaoui, se liguent contre cette illustration et finissent par la remplacer par une image sans âme.

A noter au passage que si Hassan Alaoui était dans son rôle de directeur de publication, la directrice générale ne devait pas intervenir dans l’éditorial ni dans le secrétariat de rédaction du magazine. Mais, au Maroc, l’organigramme des médias est unique dans son genre et tout le monde a son mot à dire, même l’assistante commerciale parfois. Dans le cas d’Economie & Entreprises, Nawal Houti, la directrice générale de l’époque, avait ce droit grâce à la bénédiction du grand patron. Et à ce titre, elle était autorisée à superviser le rendu.

Revenons à la Harira, le changement de la photo m’est resté au travers de la gorge et il fallait démontrer que cette modernité supposée du magazine nous privait d’une illustration parfaite, représentant le repas le plus populaire du Maroc pendant le mois de Ramadan. Mieux encore, la Harira est le business le plus juteux du mois de Ramadan.

Las de parler à des sourds, j’ai eu l’idée d’utiliser une chronique que je publiais à la dernière page du magazine pour prendre ma revanche. D’autant plus que cette chronique se prêtait bien à cet exercice. Je l’avais baptisée « Ce que disait ma grand-mère » pour deux raisons essentielles : d’abord rendre hommage à la femme qui m’a élevé et qui était pour moi ma véritable mère, plus encore que ma mère biologique. Ensuite, pour mettre une certaine élite marocaine face à leurs contradictions en usant d’arguments développés par ma grand-mère, une femme analphabète de surcroît.

Et c’est dans cette chronique que j’ai démontre A+B que la Harira génère un chiffre d’affaires qui dépasse de loin les revenus des entreprises de presse, toutes catégories réunies. L’argument est simple, le Maroc compte 5 millions de familles. Si on estime que la moitié cuisine la Harira 15 jours pendant le Ramadan à raison de 30 DH par famille et par jour, le chiffre d’affaires mensuel de notre soupe nationale flirte avec les 1,2 milliard de DH. Notre bol avait donc toute sa place dans un magazine économique qui générait à l’époque moins de 16 millions de DH par an avec un fonctionnement « low cost » qui méritait sa place au livre des records.

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